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Les Pensées

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Les Pensées

        

         Car à Colle

1

 Il rampait doucement, les yeux scrutant les airs

En laissant derrière lui des traînées sans colère.

Il portait sur son dos une sorte de coquillage

Où il pouvait cacher ses envies de voyage.

Le soleil tout là-haut n'était pas son ami

Et pour conduire sa vie, il préférait la pluie.

Glissant dans les fossés, sur le bord du chemin

Il poursuivait sa route, c'était là son destin

 

         Chercher l'endroit rêvé, c'était là son bonheur

         Qu'importe la distance, il avait tout son temps !

         Dix ou vingt mètres en plus ne lui faisaient pas peur

         Pourvu que le chemin l'emmène vers un champ !

         Quand le sol était sec, il perdait quelques heures

         A chercher une feuille pour glisser aisément

         Vers la belle fortune d'une salade, d'une fleur

         Pour élever ses antennes vers le firmament.

   

2

Puis il s'est endormi dans un champ d'herbes vertes

Protégé du soleil par un buisson touffu

Son sommeil le menait vers de neuves découvertes

Par les chemins dorés de ses rêves confus

Mais soudain le tonnerre laissa aller sa rage

En s'armant de la pluie, il forma un ruisseau

Emporta avec lui le fragile coquillage

Où va t'il s'arrêter pour se sécher le dos ?

   

         Le début du printemps est souvent malicieux

         Car après toute pluie vient souvent le beau temps

         Après avoir compté le nombre de ses "bleus"

         Il sortit une antenne, le courage lui venant,

         Il revit le soleil et se dit : "Allons-y

         Cette pluie a mouillé les chemins, les légumes

         Je n'ai plus qu'à trouver un endroit à l'abri

         Un petit nid douillet plein d'herbes et de plumes" !

 

3

Il reprit ses glissades dans ce pays nouveau

Regardant, l'oeil inquiet, ces chenilles, ces oiseaux,

Ils avaient l'air aimable et pareil à ceux là

Qui bien avant l'orage, le prenaient par le bras.

Il s'est donc installé tout au bord d'un étang

Pas bien loin d'un pêcheur taquinant l'alevin,

S'étirant bien à l'aise, il pensait simplement

Qui sera le plus fort ou bien le plus malin ?

 

         Il vit bouger une herbe qui pliait sous le poids

         D'une belle «  encoquillée » venue d'on ne sait où

         Il pointa ses antennes vers ce bien bel endroit

         Espérant découvrir un parfum plus que doux

         Mais le vent dans son dos éloignait les effluves

         De cette apparition un peu inattendue

         Son sang se réchauffant, comme dans une étuve

         Il se laissa glisser vers la belle ingénue

 

  4

  Déposer ses colis! Quitter sa solitude!

Et s'en aller chercher de nouvelles habitudes

Voilà, chemin faisant, ce qu'il pensait tout bas

En s'approchant serein, de la belle aux abois!

Ainsi dit ainsi fait rêvait t'il en glissant

Les antennes dressées vers ce pays tentant

Les jardins sentent bon l'arrivée du printemps

Je pourrai m'y vautrer et chanter mes tourments

 

         Tout en laissant aller son imagination

         Il traversa la route sans y faire attention

         Quand, soudain, il entendit un bruit au lointain

         Un son qui augmentait sur la gauche du chemin

         Il tourna ses antennes afin d'analyser

         Si il y avait là un quelconque danger

         Il sentit approcher une ombre démesurée

         C'était celle d'un chien qui errait affamé !

 

Rien ne sert de courir, il faut penser à point

Se dit-il bien avant de finir en festin

Alors il se raidit et se mit à crier:

"Fait attention toutou, je suis empoisonné !"

Le chien s'arrêta net en flairant son repas,

L'escargot en profite et doucement demanda:

"Je suis tout juste bon à t'ouvrir l'appétit

Et le risque vaut-il d'en terminer ainsi ?"

  

         Mais ne t'inquiète pas, dit le chien amusé,

         Tu n'es pas sur le menu de cette journée

         J'ai l'estomac rempli par les belles croquettes

         Trouvées ce matin même près de la superette

         Je n'ai pas l'intention de te faire du mal

         Je me demandais juste "c'est quoi cet animal

         Qui rampe doucement en transportant sa niche

         Est-ce par souci de montrer à tous qu'il est riche ?"

 

6

"Mais il n'est pas question de dollar ou d'euro

Si je vais ça et là, une maison sur le dos.

Il faut que je t'explique et tu vas me comprendre

Lorsque je me promène pour trouver l'herbe tendre

Je traverse des champs, des cailloux, des rivières

Je ne peux, chaque soir, revenir en arrière

Pour retrouver mon toit, mes pantoufles et mon lit

Il m'est bien plus facile de dormir où je suis."

 

         Mais comment fais-tu donc pour rechercher l'amour ?

         Tu ne peux le trouver à chaque carrefour

         Alors dans tes voyages, si souvent solitaires

         As-tu, de temps en temps, des envies suicidaires ?

         Je ne pourrai jamais vivre comme un ermite

         Et ne pas partager les envies qui m'habitent

         Y a t'il quelque chose que je puisse faire pour toi ?

         Je peux être ton ami si tu veux bien de moi !

 

  7

  Mais je suis ton ami malgré nos différences

Même si la nature varie nos apparences

Ne recherchons nous pas l'inaccessible étoile ?

Tu l'as trouvée, peut-être, la mienne a mis les voiles.

Alors je m'en vais seul, comme là haut ce nuage

En regardant ces mots que l'on met sur des pages

Et je m'en vais, glissant, par delà les sentiers

Car dans la vie je n'ai jamais pu m'imposer.

 

         S'imposer pour que faire, et surtout envers qui ?

         Tout ce qui est affaire ne m'importe jamais

         J'ai bien trop de respect envers ce paradis

         Que je ne prendrai que ce qui vraiment me plait

         Sans déranger personne et surtout sans rugir

         Mais je peux me faire voir bien autrement que toi

         Ayant la taille des hommes, je peux presque sourire

         Ils n'ont pas peur d'eux-mêmes, donc n'ont pas peur de moi !

 

Alors je m'en retourne au creux de mon fossé

Pour admirer là haut cet audacieux rocher

Où je m'étais hissé par une nuit d'été

Quand un stupide caillou m'a fait dégringoler.

Je ne suis pas de taille à courir dans les champs

Dans les jambes des hommes qui se prennent pour des grands

Il me reste des rêves où je cours prestement

Et nul ne m'interdit le moindre assentiment

  

         Mon ami, je te dis, va où la vie te mène

         Car à trop rechercher le bonheur il s'enfuit

         Si ce sont les rochers au dessus de la plaine

         Qui ont ta préférence, n'hésite pas, vas-y

         Peut-être qu'un jour nous aurons une occasion

         De croiser nos chemins sans vraiment le vouloir

         Et mon envie sera d'avoir une vision

         D'un être qui a réussi tous ses espoirs.

 

9

Il n'est que les montagnes qui n'se rencontrent point

Et quand on se promène dans ces verts pâturages

On croise à chaque pas et ce chaque matin

L'un ou l'autre cousin qui rêve de voyages.

Il n'est pas de raison pour que ton beau chemin

Ne s'écarte à jamais de mes lentes promenades

Je rampe doucement en chantant ces refrains

Qui remettent en ma tête nos belles escapades

 

         Si jamais nos chemins venaient à se croiser

         En une autre contrée ou dans une autre vie

         Il faudra que nous puissions tout nous raconter

         Les chagrins, les plaisirs et les nouveaux amis

         Que nous aurons connus, peut-être même aimés

         Mais qui seront partis vers bien d'autres rivages

         Chantant, au gré du vent, le bonheur partagé

         Par le ciel et la terre, une tour et un nuage.

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 S A B A M

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